Les petits bonheurs font les grands

Un blog qui reste page blanche pendant plusieurs mois, ce n’est jamais anodin. Dans mon cas, je ne trouvais plus les mots pour exprimer ce que je ressentais. Tout du moins, je ne ressentais plus rien. Juste un énorme vide au fond de moi qui m’a poussée à refouler tout sentiment négatif, j’étais devenue une boulimique du bonheur. Pendant plusieurs mois j’ai mené une vie de junkie, accro à mes amis, aux sorties, à tout ce qui me donnait le sourire. Je savourais chaque petit instant qui me faisait sentir en vie. Dans l’hécatombe qu’a été ma vie depuis ma séparation, je ne me suis jamais autant sentie vivante.

Aujourd’hui j’écris pour remercier tous ceux et celles qui me suivent et qui m’ont soutenue ces derniers mois. A vous mes lecteurs, mes amis, ma famille, vos pensées et vos encouragements sont autant de petits cailloux qui me guident vers le chemin du bonheur.

L’effet kiss cool

Les trois premiers de l’année auront été les plus saugrenus de toute mon existence. Ma vie prenait l’eau. Sans argent, j’avais à peine de quoi manger tous les jours. Je gardais le peu que j’avais pour payer mes billets de train pour passer des entretiens d’embauche. Pendant trois mois, j’ai arpenté Tokyo de long en large, parfois pour me retrouver dans des endroits un peu glauques face à des recruteurs qui avaient bien enjolivé leur annonce. Les entretiens pouvaient durer 3 heures d’affilée pendant lesquelles je parlais tantôt anglais, tantôt japonais, voyant défiler devant moi (assise toute penaude sur ma chaise) des gens en costume au sourire Colgate qui me jaugeaient, m’interrogeaient et me jugeaient. « Vous n’êtes pas japonaise, n’espérez pas trouver mieux que des petits boulots dans des hôtels ou des restaurants. C’est bien les hôtels non? Il y en a un qui ne recrute que des étrangers près du Mont Fuji à 2 heures de Tokyo. Vous serez logée et vous pourrez profiter du onsen après vos 12 heures de travail. » Est-ce que j’exagère? Même pas… Je me suis aussi faite insulter par email par un directeur d’une école de français. Mon tort? Avoir envoyé mon CV alors que je n’avais qu’un visa touriste. Les jours défilaient, la date d’expiration de mon visa se rapprochait dangereusement et rien ne se débloquait.

tokyo-quotidienSans logement, je squattais dans la chambre de mon meilleur ami qui vivait alors en guest house. 9 mètres carré pour deux, à peine la place pour mettre un pied devant l’autre entre le lit, le matelas gonflable et mes fameuses 3 valises. 2 mois où je refaisais le monde avec mon pote, en se demandant comment on avait bien pu en arriver là tous les deux, à mener une vie de patachon. Les copains débarquaient à n’importe quelle heure de la nuit pour regarder des films, cloper à la belle étoile ou chasser du pokemon dans les rues de Kichijoji. Le jour, je rejoignais Elsa après mes entretiens pour de longues balades dans le centre de Tokyo. Je dis de longues balades parce qu’on passait beaucoup de temps à se perdre. Difficile de rester concentrées sur la route en pleine discussion de filles!

Mes projets d’avenir se limitaient à ce que j’allais bien pouvoir faire la semaine d’après. Où dormir? Il y aura-t’il un entretien d’embauche? Non, je ne vais quand même pas être obligée de retourner définitivement en France?! Disons-le clairement, ça sentait le pâté pour moi. La fin de mon histoire avec Tomoki semblait sonner le glas de mon aventure au Japon.

Un mars et ça repart

S’il devait y avoir un 13ème signe astrologique, je serais « morpion ». J’y suis, j’y reste. Loin de me laisser allée à la déprime, j’ai profité de chaque instant comme si c’était le dernier. Quitte à se planter, autant le faire en beauté! J’ai fait de nouvelles rencontres, de belles rencontres. Grâce à Elsa, j’ai appris à connaître Tokyo comme ma poche. Le centre de Tokyo m’avait toujours paru intimidant: trop de monde, trop de lignes de trains, trop de building, trop de trop.  Flo me faisait regarder des films et des vidéos YouTube en anglais à longueur de journée (et sans sous-titres svp!).  Euh Flo, t’es sûre que ça va m’aider d’écouter comment faire soi-même le colt de sa cigarette électronique, le tout anglais avec un accent de cowboy? Tais-toi et regarde! Oui m’sieur… Résultat? Je me suis Jean-Claude Vandammériser. Je te speak english même quand je parle en français! Célia m’a aidée à reprendre confiance en moi à la suite de mes entretiens désastreux. Elle m’a fait passer un entretien de sa boîte. Pour une fois, j’entendais que j’étais prometteuse, que mon japonais était bon et que oui je pouvais faire carrière au Japon.

logement, expatrié, Japon

Début mars, faute de logement, je retournais à Okinawa et j’en profitais pour récupérer mes dernières affaires. A croire qu’il fallait définitivement tout quitter pour tout recommencer. De retour à Tokyo, ma vie a diamétralement changé en l’espace de deux semaines. Une anglaise que j’avais rencontrée en Novembre m’a recontactée pour me proposer un poste. Et tout s’est enchaîné: boulot, appartement, visa. Enfin je reprenais les rênes de ma vie, je redevenais adulte pour la seconde fois.

Aujourd’hui, je me sens plus à l’aise que jamais au Japon. Je suis sortie de ma zone de confort pour m’aventurer là où je m’en sentais encore incapable quelques mois plus tôt. Je rencontre tous les jours de nouvelles personnes, grâce à mon travail je parle avec des gens de partout dans le monde. Je me lève chaque jour heureuse de retrouver mes collègues. Mes amis sont devenus comme une famille. Je n’ai plus l’angoisse d’être seule au Japon. Je ne le suis jamais vraiment, je suis riche de toutes les rencontres que je fais.

Ca m’aura pris près de trois ans pour trouver ma place au Japon. La vie n’est pas parfaite ici, pas plus qu’ailleurs. Elle aurait été tout du moins beaucoup plus facile pour moi si j’étais retournée en France. Oui je me prends des bûches en pleine face plus que de raison. Oui, j’enchaîne les sauts sans élastique. Mais au final, il y a toujours une main amicale pour m’aider à avancer. Après tout, le bonheur ne serait-il tout simplement de se dire « même pas mal »?

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2 thoughts on “Les petits bonheurs font les grands

  1. Bonjour,

    Je suis content que cela s’arrange matériellement pour toi.
    Avoir de bons amis est important et c’est dans les coups durs qu’on les reconnait….
    Continue à te battre et encore une fois, bonne chance !.

  2. Ralala comme tu donnes la patate à chaque fois. Comme tu montres que rien n’est insurmontable, même lorsqu’on est six pieds sous terre. T’es une super nana ! Tu gères à fond même quand c’est la merde :p
    Avoir des amis y’a que ça de vrai ! Une connaissance un jour, une aide quelques mois plus tard. Un ami à moi que je n’avais pas vu depuis 4 ans, m’a dit hier soir qu’il faut parler à tout le monde, être soit même et ne pas avoir peur.
    Il a raison et toi aussi. Il faut vivre !
    Eclate toi, tu me fais rêver malgré tes déboires XD Il devrait y avoir plus de personnes de ta trempe !

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