Le père Noël n’existe pas

Je l’ai souvent entendu dire, maintenant j’ai bien la confirmation: le père Noël n’existe pas. Tout du moins il ne livre pas au Japon. Même pas la peine d’espérer faire un vœu ou de faire une liste de souhaits, ça restera lettre morte. Au Japon qu’importe ce que je souhaite, ça ne se réalise pas. Pire, c’est même l’inverse qui se produit. 

しょうがない, 大丈夫!

daijobu-noel« Shô ga nai, daijôbu! » (que l’on peut traduire par « on y peut rien, ça va aller »), c’est la formule magique à la japonaise. Un petit souci? Une grosse galère? Un mars et ça repart!? Non, ici on me dit comme une sempiternelle ritournelle: « Shô ga nai ». Je frôle l’overdose…

J’admire la capacité des japonais à encaisser, à tout garder pour eux. « Shô ga nai, daijôbu! », cette simple phrase semble exorciser les mauvaises pensées et incite à être plus positif, à rester souriant.

Tout du moins, c’est ce que l’on m’a appris… Dans les faits, c’est bien différent! Mon entourage n’hésite pas à s’épancher sur mon épaule. Petite misère, gros doute existentiel, coup de gueule. Je compatis et je peste avec eux. Entre membres d’une même famille, ils ne partagent pas leurs états d’âme. Du coup quand on se fait du souci, qui est-ce qu’on vient voir pour demander des nouvelles (plutôt que de poser la question directement à l’intéressé…)? C’est bibi! ^^

Alors pourquoi ce maudit « Shô ga nai, daijôbu! » me tape autant sur les nerfs? Quand je ne vais pas bien, c’est la seule réponse que je reçois. Fin de la discussion, on passe à autre chose.

Vient ensuite l’autre phrase magique qui, associée à « Shô ga nai, daijôbu », forme LE COMBO qui te rend invincible: « 頑張って » (ganbatte:  accroche-toi, fais de ton mieux »).

Ca fait bientôt 2 ans que je « fais de mon mieux ». Faute de voir les choses s’améliorer, en décembre dernier j’avais tenté la lettre au père Noël…

Cher père Noël:

1) Je voudrais trouver un emploi

C’était mon objectif n°1 en arrivant au Japon. Pendant mon premier visa touristique, j’ai cherché sans relâche pendant 3 mois en emploi. Réponse des entreprises: pas de visa, pas de travail. Or pour avoir un visa travail, il faut un travail…

On m’a donc orienté vers une école de japonais qui me dispenserait un visa tout en me permettant d’acquérir le niveau en japonais requis pour travailler dans n’importe quelle entreprise.

Après 1 an d’études, armée de mon cv et de japonais prêt à l’emploi, je repars à l’assaut. Je décroche enfin un super boulot, visa à la clef. J’étais aux anges, enfin mon rêve japonais se réalisait! 2 jours après, Tomoki apprenait qu’il était embauché à Okinawa. J’ai perdu sur le champ mon travail…

travail okinawa japonAprès 3 semaines passées à Okinawa, les perspectives sont loin d’être glorieuses. Hello Work (Pôle emploi japonais), agences d’intérim, conseillers en emploi, tous me disent la même chose. Je peux espérer travailler dans les hôtels (à l’accueil si je parle chinois ou coréen, ou ce sera en service de nettoyage), serveuse, ouvrière agricole ou préparer des bentô. Le tout pour un salaire horaire de 5,20€.

Si je veux espérer trouver un emploi qualifié, je dois soit:

  • apprendre le coréen ou le chinois
  • devenir une tête en informatique
  • poursuivre au maximum l’apprentissage du japonais

A moins de vouloir commencer à travailler à 40 ans, les 2 premières options n’en sont pas.

2) Je voudrais étudier le japonais

Facile non? En étant au Japon? Perdu!

Lundi dernier, je reprenais le chemin des cours, direction ma nouvelle école de japonais, confiante en l’avenir et en me disant que grâce à ces cours j’arriverais sûrement à trouver un emploi stable d’ici  6 mois. Je pourrais aller rapidement de l’avant, bien que je reparte encore une fois à zéro en raison du déménagement.

étudier japonaisJe me présente devant mes nouveaux camarades, je m’assieds. Mes pieds battent sous ma chaise, je trépigne d’impatience. « Bravo à tous, vous êtes passés au niveau supérieur, bienvenue au niveau intermédiaire échelon 2! » annonce alors le professeur. Niveau intermédiaire??? Échelon 2??? L’école m’avait prévenue qu’il n’y avait pas encore de classe pour élèves « avancés » et que le niveau serait de fait légèrement inférieur au mien. Mais de là à me faire redoubler 2 niveaux!!! C’est ça « légèrement » inférieur???

Sur les 9 mois de cours, je maîtrise déjà le programme des 6 premiers mois. Pour simplifier, je ne pourrai pas poursuivre le cycle supérieur, celui qui permet d’apprendre le langage soutenu nécessaire pour travailler en entreprise, lire le journal… Bref, la partie la plus intéressante qui fait de toi une bête en japonais.

3) Je voudrais avoir une vie sociale

Tokyo-izakaya-asie-europeAvec une famille à 10 000 kilomètres, un conjoint happé par son travail ou ses collègues soiffards, je multiplie les monologues avec mes plantes vertes. Nostalgique des moments passés avec mes amis à Tokyo, je me dis que c’est franchement pas juste. Je venais enfin de me faire une vie agréable, j’avais enfin trouvé ma place au Japon, que tout m’est de nouveau enlevé. Alors oui, « shô ga nai, daijôbu », je me ferais d’autres amis, c’est la vie et patati patata… Là tout de suite maintenant, ça me fait une belle jambe.

J’ai envie de retourner quelques jours à Tokyo, de retourner en France voir ma famille que je n’ai pas vu depuis bientôt 8 mois. Pas de travail, pas d’argent, je vous laisse deviner la réponse… Bien vu: « Shô ga nai »…

famille expatriation distanceEtant donné que cette maudite foutue école de japonais a coûté deux bras et deux jambes pour rien, et vu le salaire de misère que je peux espérer me faire, je ne pourrai pas aller en France avant un an environ. Presque 2 ans sans voir les tous petits de ma sœur: « daijôbu »! Bah oui! Tout va bien! Au pire ils me prendront pour la factrice.

« Ganbatte »: oui je fais de mon mieux. Heureusement que je m’accroche au souhait n° 4.

4) Je voudrais ramener mon chat au Japon

expatriation-animal-domestique-japonJe suis partie en novembre 2014 laissant mon chat aux bons soins de mes parents. Parfois encore le matin, quelques instants avant de me réveiller, j’attends inconsciemment que Byzance saute lourdement sur le lit pour venir coller sa truffe fraîche et humide sur ma joue.

A Okinawa, j’habite enfin dans un appartement qui accepte les animaux. J’ai donc entrepris les démarches assommantes longues et fastidieuses  pour le faire venir.

« Shô ga nai »: allez celui-là je l’avais vu venir. Pas de billet d’avion pour rentrer en France, personne pour me l’amener, c’était du tout cuit d’avance. Tomoki et moi avons contacté les compagnies de charter en France et au Japon, c’est une cause perdue. Pour l’instant.

Au fond les japonais n’ont pas tort. Bien-sûr que ça va aller et qu’un moment donné tout rentrera dans l’ordre. Après plus d’un an et demi d’efforts pour trouver un équilibre et pour m’adapter, je décourage un peu mais je ne désespère pas.

Le père Noël a peut-être snobé ma lettre cette année, mais il y a d’autre moyens! J’ai tenté ma chance à la fête de Tanabata. Je n’ai pas perdu de dent, donc je n’ai pas pu expérimenter la petite souris. C’est une piste. Si vous aussi, vous avez des bons tuyaux à me proposer (divinité locale,  patte de lapin, grigri sous l’oreiller, etc.) je suis preneuse!

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3 thoughts on “Le père Noël n’existe pas

  1. Ahah le fameux Shou ga nai je ne le supporte pas non plus ><
    Il y a de quoi avoir les boules de trouver un boulot, mais de finalement devoir partir :/ Ça prendra peu être un peu plus de temps qu'a Tokyo, mais j’espère que tu trouveras un boulot. Sinon pour Noel, le mieux est de rentrer en France pour passer les fêtes avec ta famille. Ici Noel perd tout son sens, il n'y a aucune ambiance, c'est tres déprimant. En décembre si on s'arrange bien niveau dates on peut faire l'aller-retour pour pas trop cher 😉

    1. A Noël, il me faut le père Noël, pas le papi KFS ou l’ado japonaise en tenue de mère noël. Tu as raison, il faut vraiment que je rentre pour Noël!

      Merci pour tous tes messages!

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