1 an au Japon

2015 s’est terminée, nous avons fêté la nouvelle année, 2016 est déjà bien avancée. Chacun a fait son propre bilan, pris des bonnes résolutions qu’il tiendra… ou pas. Pour ma part, je n’en ai pas! 2015 a été l’année des grandes remises en question. J’en ai fini avec mes démons, à moi la cool attitude!

15 mois que je vis au Japon! Je constate combien l’écart est grand entre celle que j’étais en arrivant et celle que je suis aujourd’hui. Entre solitude, cœur brisé, quête identitaire, mélo-drame (enfin le tutti frutti quoi ), je me sens comme un camion de pompier repeint neuf, prête à me balader sur l’avenue, le cœur ouvert à l’imprévu.

Je suis devenue zen

Je l’évoquais déjà dans un de mes précédents articles (ma vie au Japon, 3 mois déjà!), le quotidien n’a pas été facile à appréhender d’emblée. Souvent seule des journées entières, incapable de me débrouiller par moi-même, angoissée par les questions de visa, de travail (oh mon dieu que vais-je devenir?!), disons-le clairement, je broyais sec du noir.

Active et indépendante en France, j’ai mis du temps à faire le deuil de ce que j’avais quitté. Pendant des mois, j’ai tergiversé à me demander si finalement je ne serais pas mieux en France ou si je ne ferais pas une terrible erreur en quittant le Japon.

Trop habituée à la présence réconfortante de Tomoki (au secours! Sauve moooooi!), j’ai tout misé sur lui. Après tout j’avais tout quitté pour lui, non? Je me cantonais dans ma zone de confort et comptais sur lui pour faire de ma vie un conte de fée (oui, le mythe du prince charmant déteint parfois aussi à l’âge adulte).

Et puis je me suis retrouvée célibataire. Définitivement seule. Ça a été le déclic salvateur. La logique aurait voulu que je reparte vivre en France. Mais non. Je suis restée au Japon seule avec mon chagrin d’amour et … ça m’a plu!

A la japonaise!

Après plus d’un an, j’ai enfin retrouvé ce sentiment d’indépendance. Je fais mes courses seule, je me déplace n’importe où, je trouve par moi-même quand j’ai besoin de quelque chose. Mine de rien! Aller trouver du produit à lentilles quand vous ne lisez pas les kanji et ne parlez pas japonais (et que le vendeur ne parle pas un mot d’anglais)! Ça m’a valu des yeux rouges écarlates pendant 3 jours et des hurlements à réveiller un mort (c’était bien du produit pour lentilles, sauf qu’il était désinfectant)…

Ma fierté suprême? Surfer sur les sites en japonais. Besoin d’une info? Bouge pas, je dégaine mon portable! La grande classe (on se fait plaisir comme on peut…).

Les copains d’abord

2016-02-27 07.52.00Les cours de japonais aidant, j’ai rencontré des japonais formidables et des étrangers expatriés comme moi avec qui j’ai noué des liens très forts. Les jours de grande déprime, on prête une oreille attentive aux bobos, on vide son sac et on s’épanche sur les épaules des uns et des autres. Tous logés à la même enseigne, on partage nos doutes d’expatrié, nos peines de coeur et nos espoirs de lendemains prometteurs. On parle de son pays, de sa culture, on se compare, se taquine, le tout dans des phrases incompréhensibles pour les non initiés, mélangeant la plupart du temps entre 2 et 5 langues. Les amis japonais se prennent à rêver d’ailleurs, alors on se promet de voyager un jour ensemble. Côté gaijin, on les assaille de questions sur la culture japonaise, les expressions et les gros mots, les bons plans…

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L’amour toujours

Le piège des couples mixtes, c’est de se réfugier dans les valeurs sûres: la culture de son pays. ‘En France, on est plus doué en ce qui concernent les relations amoureuses.’ ‘Les japonais sont les meilleurs.’ Tant qu’on y est, autant sortir les dossiers et déballer franchement ce qu’on pense du pays de l’autre. ‘Les japonais sont froids et sévères.’ ‘Les français sont gueulards et feignants’.  On a beau aimé la culture de son pays d’adoption, pour autant on se replie sur soi-même, quitte à oublier ce qui nous émerveillait tant chez notre moitié et dans ses origines.

Entre lui, katana entre les dents et moi armée de ma baguette de pain, la communication était rompue. Il aura fallu 3 mois de séparation pour nous rappeler ce qui nous avait réunis et réfléchir a ce qui faisait notre singularité. J’ai compris que les preuves d’amour dépassaient les mots ou les gestes de tendresse. Tomoki, pour qui la notion de couple telle qu’on la conçoit en France était complètement étrangère, apprécie désormais partager son quotidien à deux, parler de ses émotions, ou encore avoir des moments d’affection.

On dit que les mots blessent, c’est d’autant plus vrai au Japon où le franc-parler est souvent vécu comme une agression. Aujourd’hui je tourne 7 fois ma langue dans ma bouche avant de parler. On se remercie plus souvent qu’on ne se critique. Ça peut paraître frustrant mais au contraire, c’est salutaire.

A mi-chemin entre deux styles de vie, il vaut composer et accepter de faire des concessions. Au final, on ne perd pas de son identité mais on y gagne en sagesse… et en bien-être!

Bref, c’est reparti pour une année au Japon, qui sera pour sûr riche en émotions et en expérience. La suite, au fur-et-à mesure des articles!

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